CANADA 
COUR DU QUEBEC 

PROVINCE DE QUEBEC 
DISTRICT DE RIMOUSKI 




PRESENT: L'HONORABLE RAOUL POIRIER, j.p.c.q 





PROCUREUR GENERAL 


Poursuivant 



JEAN–MARIE LECLERC 


Intimé. 




DECISION 



L'intimé doit répondre à deux sommations lui 

reprochant d'avoir conduit un véhicule sur un chemin 

6 décembre 1987 et 16 février 1988 alors 
public les 

que son permis de conduire était révoqué par suite 

à une infraction 
d'une déclaration de culpabilité 

180 du'code de 
au Code criminel visée par l'article 

la sécurité routière. 


LES FAITS 


11 août 1987, l'intimé a été déclaré ou a 
Le 

à une accusation de conduite avec 
plaidé coupable 

à l'article 237a) 
facultés affaiblies contrairement 

du Code criminel. Il fut condamné à l'amende usuel 

le juge prononça une interdiction de conduire pour 
et r, 






/2.':. 


120–27–000472–885 
120–27–000550–888 

.– 

une durée de trois mois, en vertu du Code criminel et 

il ordonna également la confiscation du permis de con– 

duire de l'intimé, tel que le prévoit l'article 180 

du Code de la sécurité routière. L'intimé a déposé 

son permis 
à la cour. 


Quelques semaines plus tard, soit vers la fin 

d'août, l'intimé recevait une lettre de la Régie de 

l'assurance automobile du Québec, datée du 24 août 

1987 et rédigée dans ces termes: 


"Leclerc Jean–Marie 
23 St–Antoine 
Sayabec 
GOJ 3K0 


La Régie de l'assurance automo– 

bile vient d'être avisée que, le 

11 août 1987, vous avez été décla– 

ré (e) coupable d'une infraction 

à l'article 237(A) du Code crimi– 

nel commise le 3 octobre 1986. 


Conformément 
à l'article 95 du 

Code de la sécurité routière 

c.C–24.1), votre permis 
(L.R.Q., 

de conduire ou 
d'apprenti–conduc– 

teur a donc été révoqué, c'est–à– 

à compter de la date 
dire annulé, 

de cette condamnation. 
Puisqu'il 

s'agit de la lère révocation de 

votre permis au cours des cinq 

dernières années, vous serez ad– 

à l'obtention d'un nou– 
missible 

veau permis après le 10 août 1988, 

à moins que votre droit d'en obte– 

nir un soit suspendu pour une autre. 

raison. 
. . ./3  





Nous vous mentionnons que le 

fait de ne pas observer l'inter– 

diction de conduire pendant 

cette période de révocation cons– 

titue une infraction au Code de 

la sécurité routière pouvant en– 

traîner une amende de 
600$ à 

000$, outre les frais, de même 

qu'une suspension du permis ou 

droit d'en obtenir un pour une 

période de trois, six ou douze 

mois selon l'état du dossier du 

conducteur au moment de la 
condam– 

natian pour cette infraction. 


Nous vous suggérons de lire at– 

tentivement le dépliant ci–inclus 

pour obtenir de 
plu; amples in– 

formations concernant 
les infrac– 

tions au Code criminel 
et le per– 

mis  de conduire. 


signé 


Le directeur du Dossier conducteur 


Dubuc 
Dominique 


Or l'intimé reçoit par la suite un permis de 

conduire qui contient toutes 
les informations per– 

sonnelles le concernant, c'est–à–dire son nom, son 

adresse, sa taille, la couleur de 
ses yeux et son nu 

méro de permis de conduire 
et il est indiqué sur ce 

permis de conduire qu'il 
est en vigueur du 11 août 

au 15 septembre 1989. 


L'intimé, ayant reçu une ordonnance d'inter– 

diction de conduire d'une durée de trois mois, recom– 


/4 mença à conduire le 91e jour après cette interdiction 

et fut intercepté une première fois le 
6 décembre 

1987. 


Il déclare avoir alors montré son permis de 

conduire au policier en lui indiquant que c'était la 

Régie qui lui avait fait parvenir ce permis. Le poli 

cier ne savait trop quoi faire selon l'intimé et il 

le laissa aller sans lui émettre de billet d'infrac– 

tion. Cependant, un billet d'infraction était rédigé 

deux jours plus tard, soit le 8 décembre 1987 et la 

preuve ne permet pas de conclure si ce billet a été 

envoyé ou remis 
à l'intimé. 


L'intimé continua de conduire et le 16 févrie 

1988, il fut de nouveau intercepté et un nouveau 

billet d'infraction lui reprochant d'avoir conduit 

durant une période 
où son permis était suspendu lui 

Il n'a plus conduit par la suite. 
était remis. 


L'intimé plaide que la Régie, après avoir dé– 

cidé de suspendre son permis de conduire, a pris une 

deuxième décision, soit celle d'émettre un nouveau 

permis.de conduire, d'où il était justifié de con– 

duire après sa période d'interdiction, l'autorité 

compétente l'y ayant autorisé. 


LE DROIT 


L'article 180 du Code de la sécurité routière 

prévoit: 

"180. Lorsqu'une personne est dé– 

clarée coupable d'une infraction 

prévue au sous–paragraphe a) du para– 

(1) ou aux paragraphes (3) ou 
graphe 

(4) de l'article 233, au paragraphe 

. ../5 (1) de l'article 236, à l'article 

237, au paragraphe (5) de l'article 

238, aux paragraphes (2) ou (3) de 

l'article 239 du Code criminel ou 

coup'able 
lorsqu'elle est déclarée 

d'une infraction prévue aux articles 

sicette 
203, 204 ou 219 de ce Code 

infraction est commise avec un véhi– 

cule routier, son permis est révoqué 

et le juge qui prononce la déclara– 

tion de culpabilité doit en ordonner 

la confiscation pour qu'il soit remis 

à la Régie. 


ia personne n'est pas titu– 
Lorsque 

laire d'un permis, son droit d'en 

obtenir un est suspendu." 


En conséquence, le juge agissant en vertu 

des dispositions du Code criminel ne révoque pas le 

permis, cette révocation s'opère automatiquement en 

vertu de la loi et le juge ne fait qu'ordonner la coi 

fiscation du permis de conduire. 


De plus, l'article 105 de ce Code énonce: 


"Une personne ne peut conduire un véhi– 

cule routier alors que son permis ou la 

classe de celui–ci l'autorisant 
à con– 

duire un tel véhicule fait l'objet d'une 

révocation ou d'une suspension ou que 

son 
droit,dlobtenirun  permis ou une 

telle classe fait l'objet d'une suspen– 


sion. 


Or, c1est,laRégie  de l'assurance automobile qui possède le pouvoir d'émettre des permis de condui 

re. L'article 61 se lit comme suit: 


"61. La Régie délivre les permis suivants 

autorisant la conduite de véhicules rou– 

tiers: le permis d'apprenti–conducteur, 

le permis de conduire et le permis res– 

treint. 



Il est évident par la lecture des articles 

76 et 83 du Code de la sécurité routière que la Régie 

à l'intimé 
n'aurait pas dû émettre un nouveau permis 

durant'cette période de révocation, cependant elle a 

émis un permis de conduire, valide 
à sa face même, et 

la Régie est l'autorité habilitée par le législateur 

à émettre des permis. Le permis de conduire de l'in– 

timé était donc légalement révoqué et d'autre part, 

l'autorité compétente lui a émis un permis de conduir 

ne comportant aucune restriction et dont il est 
dail– 

leurs toujours en possession. Dans ces circonstance 

l'intimé était–il justifié de conduire? 
Il déclare 

à conduire vu l'émission du 
qu'il s'est crû autorisé 

nouveau permis. 


Dans un article publié dans le "Criminal Law 

&ixcterly (l'et intitulé "Mistake of Law and ,the Defenc 

of officially Induced Error", l'auteure étudie la ju– 

à la page 335 que 
risprudence canadienne et conclue 

à l'effet que l'ignorence de la loi ne peut 
la règle 

servir d'excuse n'est pas niée ou diminuée par l'ac– 

ceptation de la défense de l'erreur provoquée par 

l'autorité gouvernementale ou civile (officially indu 

ced error) lorsque l'intimé de bonne foi 
a été pru– 

dent dans sa recherche pour se conformer 
à la loi tel 

que présentée par une personne qui est censée connaî– 

rule that ignorance of the law does 
tre la loi (the 

not excuse are not done violence by the incursion of 

(1) 1985–86 Vol. 28 page 308 
. . ./7 the defence of officially induced error, where the 

offender in good faith is duly diligent in attempting 

to guide his conduct by the law as statèd by 
a part 

in the know". 


Me Kastner, l'auteure de cet article, cite la 

cause R. c. 
~ac~ougali'! dans laquelle ce dernier 

était accusé d'avoir conduit un véhicule alors que so 

permis de conduire avait été révoqué en vertu des dis 

positions d'une loi provinciale. Le Registraire du 

Bureau des véhicules automobiles lui fit parvenir 

un avis de révocation de son permis de conduire, mais 

comme son avocat a inscrit la décision en appel, le 

régistraire lui fit parvenir un nouvel avis l'avisant 

qu'il pouvait conduire parce que l'appel suspendait 

l'exécution de la décision. Lorsque l'appel fut reje 

té, son avocat l'informa de ce fait, c'est–à–dire, il 

l'informa que son appel avait été rejeté. La loi pro 

vinciale était à l'effet que le rejet de l'appel pro– 

voquait la révocation automatique du permis de con– 

duire. Un mois plus tard, l'accusé fut arrêté au 

volant d'un véhicule et ce même jour, mais après son 

arrestation, il reçut un second avis de révocation de 

son permis de conduire. 
Il témoigna à l'effet qu'il 

pensait avoir le droit de conduire 
jusqu'à ce qu'il 

reçoive un nouvel avis de suspension. L'erreur de 

l'accusé ne fut occasionnée d'aucune façon par son 

procureur ou par un fonctionnaire. En réalité, il ne 

prit conseil de personne. 


Au niveau de la Cour d'appel de la 
Nouvelle– 

Ecosse il fut décidé que l'erreur de l'accusé était 

soit une erreur de droit, c'est–à–dire une erreur 

portant sur le droit qu'il possédait de conduire ou 

à la date 
non ou tout simplement une erreur quant 

effective de la révocation et on décida que 
cette.er– 

reur était soit une erreur de fait ou une erreur 

(1) 1981, 60 C.C.C. (.2d) 137 . . ./8  mixte de fait ou de droit. Le juge McDonald déclara 

page 158: 


"Assuming however that the error of 

the respondent as to revocation was 

1 am prepared to Say that 
one of law 

the facts as found by the trial Judge 

rise to a defence of justifica– 
give 

respon– 
tion based upon reliance by the 

dent on a previous course of conduct 

on the part of the Registrar. This 

defence might be classified as offi– 

cially induced error or perhaps as 

a form of colour of right." 


et à la page 160: 


"The defence of officially induced 

error hasnot been sanctioned, to my 

knowlwdge, by any appellate Court in 

is 
this country. The law, however, 

ever–changing and ideally adapts to 

meet the changing mores and needs of 

invol– 
society. In this day of intense 

vement in a complex society by al1 

levels of Government, there is, in my 

opinion, 
a place and need for the de– 

fence of officially induced error, at 

so long as a mistake of law, re– 
least 

gardless how reasonable, cannot be 

raised as a defende to a criminal 

charge. 


La Cour suprême'') renveEsa cette décision 

parce que selon 
le juge Ritchie, l'erreur de MacDou– 

gall était une erreur de droit, mais le juge ~itchie 

déclara, page 71: 


(1) 1 C.C.C. (3d) 65 "It is not difficult to envisage a situation 

in wich a offense could be committed under 

mistake of law arising because of, and 

therefore induced by, "officially induced 

error" and if there was evidence in the 

to support such a situation 
present case 

it might well be an appropriate 
existing 

vehicule for applying the reasoning adopted 

Mr. Justice Macdonald. In the present 
by 

case, however, there 
is no evidence that 

the accused was misled by an error on the 

part of the registrar." 


R. c Cancoil Thermal Corpora– 
Dans la cause 

tioA1)ia Cour d'appel d'Ontario a reconnu la défense 

of "officially induced error". 


La compagnie avait enlevé une pièce d'une 

à protéger les employés. Un des 
machine qui servait 

6 doigts en opérant cette machine 
employés se coupa 

et il fut prouvé que si la pièce n'avait pas été enlc 

vée, l'accident ne serait pas survenu. Or deux mois 

avant l'accident un inspecteur du gouvernement avait 

examiné la machine et déclaré que l'enlèvement de la 

pièce en question n'affectait pas la sécurité de la 

machine. L'honorable juge Lacourcière réfère 
à la 

MacDougall ci–haut mentionnée et ordonne un 
cause de 

nouveau procès parce que la preuve n'était pas com– 

si cette défense pouvait être 
plète pour déterminer 

accueillie dans cette affaire. 


Dans la présente cause, l'accusé a reçu un 

péril 
ordre du tribunal de ne pas conduire durant une 

de de trois mois et il a respecté cette ordonnance. 

Régie de l'assurance automobile l'a avisé que son pe. 

mis de conduire était révoqué et il avait remis ce 

. . ./10  

(152  C.R. (3d) 188 permis au greffe de la Cour tel que requis. Par la 

suite la même autorité qui l'avait informé que son 

permis était révoqué lui fait parvenir un nouveau 

permis sur lequel il est écrit que ce permis est en 

vigueur du 11 août 1987 au 15 
septembre 1989. 


Un avocat aurait réalisé l'erreur. Un simpl 

profane déjà confondu par la décision du tribunal lui 

interdisant de conduire durant trois mois en vertu du 

Code criminel et confisquant son permis de conduire 

pour un an en vertu d'une autre loi, ce citoyen peut 

lorsqu'i 
certainement s'être cru justifié de conduire 

reçoit un permis de conduire émis par la Régie, orga– 

nisme responsable de l'émission des permis de con– 

duire et également des modalités d'exécution des ré– 

vocations de ces permis. 


Le fait qu'il ait respecté l'ordonnance 

d'interdiction du Tribunal démontre sa bonne foi et 

en conséquence, 
j'accueille sa défense basée sur la 

théorie du 
"officially induced error" et je rejette 

les plaintes. 






RAOUL POIRIER, 
j.p.c.Q. 



c.c.:Me Yvan Fortin 
Proc. de la poursuite 

Me Gervais Turbide 
Proc. de l'intimé 

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